La photographie culinaire : quand l'imperfection redevient signature

14 Octobre 2025

Au début de mon activité de photographe culinaire, je me suis demandé que style je voudrai pour mes photos. Quelle ambiance ? Romantique, vintage, minimaliste ? Après avoir étudié le travail d’un certain nombre de photographes, j’ai décidé que mon style s’apparentait plutôt à quelque chose de brut, d’authentique. Je voulais avant tout raconter une histoire, et les histoires ne sont pas parfaites ni lisses, sinon elles en seraient moins intéressantes.

J’avais surtout envie que l’on ressente des émotions et que mes photographies soient vibrantes. J’aime bien ce terme « vibrantes ». 

J’ai retrouvé ce style chez des photographes étrangers que j’admire beaucoup comme Kelsey Cherry ou Cal Fernie.

Je vous raconterai d’ailleurs comment j’ai contacté Kesley sur insta et qu’un jour j’irai la rencontrer aux États-Unis !

En tout cas, quand je regarde leurs photos, j’observe tout et j’essaye de comprendre comment ils construisent leur photo. Pourquoi ils choisissent cet angle et pas un autre ? Quelle lumière privilégier ? Quel cadre choisir ? Je suis vraiment admirative de leur travail parce qu’il y a des éléments que je n’aurai pas pensé à photographier. Une assiette vide légèrement saucée, un emballage qui traîne sur un comptoir ou encore des bouteilles laissées de côté dans l’arrière cuisine.  Ces détails sont-ils futiles ou originaux ? Voilà le genre de question que je me pose. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne reste pas indifférent à l’ambiance qu’ils cherchent à nous faire passer. Il y a ce grain, cette patte, un je ne-sais-quoi, qui fait que l’on sait que cette photo vient d’eux.  

 
© Kesley Cherry - food photography

Mais au-delà de ces inspirations, je suis convaincue que nous sommes le fruit de nos influences multiples. De nos lectures, peintures, voyages voir même de nos goûts gastronomiques. De mon côté,  les lectures crues et dures de Marcel Pargnol m’ont davantage marqué. Je pense aux repas frugaux et plein de vie dans la Gloire de mon père.

J’avoue aussi me laisser séduire par le côté théâtral de Woody Allen dans Café Society ou chez F. Scott Fitzgerald dans Gatsby le Magnifique. Je vous invite fortement à lire ces ouvrages ou à regarder ces films qui sont très intéressants pour la culture et les inspirations.

À travers ces exemples, on ressent quelque chose de l’ordre de l’effervescence, de l’éphémère, du moment présent qu’on ne voudrait jamais abandonner.
On savoure, on déguste, on s’en lèche les doigts. Les conservations et les rires s’entremêlent. La passion l’emporte. 

Aujourd’hui, cette ambiance gourmande et authentique revient en force dans l’univers visuel collectif. Dans la mode, la publicité, l’architecture, on retrouve plus de contraste et d’audace. Les créateurs osent revenir à des couleurs et des matières plus brutes. Sur les réseaux sociaux cette esthétique se partage et influence les consommateurs. En plus, il est tout à fait possible de garder un côté chic et authentique.

Alors pourquoi ce style imparfait séduit autant de gens aujourd’hui ? 

Je me suis posé la question lors d’un entretient avec un client. Il voulait exactement ce genre de photo pour son restaurant. Pile le genre de travail que j’aime faire. Alors je crois avant tout que les gens en ont marre de voir des images toujours plus lisses et aseptisées sur les réseaux comme dans la vie de tous les jours. On est poussé à la perfection et la comparaison entre nous. L’image est trafiquée voir inventée de toute pièce par des IA ultra boostée. Les gens se perdent dans le réel. Il n’est même plus question d’aimer ou ne pas aimer. Mais de savoir qu’est-ce qu’on a sous les yeux ?  

La « vraie » vie est finalement plus impactante. Des images brutes permettent aux spectateurs de se sentir en connexion, de se transposer.

Alors, le storytelling doit se raconter autrement aujourd’hui. On joue avec le désordre, les assiettes déjà entamées et même terminées (puisque cela suppose que le plat était bon). On s’amuse avec les angles de vue décalés, les couleurs vives et franches, et on ajuste autrement la lumière. Elle n’est plus douce et discrète,  mais flash, franche et sincère. Le fond noir et les personnages haut en couleur. Ce style s’apparente à la pellicule argentique d’un Kodak. Apparaît alors un Almodovar qui est en train de se jouer, voir même un Wes Anderson. C’est aussi sans doute ce grain de nostalgique que l’on vient rechercher.

un homme noir défile sur scène pour la marque prada avec un pantalon bleu dezs santiagues blanches et une veste en peau de bête
© Défilé Prada - Unbroken Instincts

Cette tendance ne se retrouve pas uniquement dans la photographie mais aussi dans la mode, où par exemple la maison Prada lance des collections qui mettent en valeur l’imparfait, le “non-fini”, les irrégularités avec des coutures visibles. Ce phénomène existe aussi dans le cinéma. Certains films sont tellement honnêtes que la violence n’y est absolument pas exclue, ou mise en scène de façon exagérée. 

Elle apparaît plutôt décomplexée, à sa juste valeur. L’exemple qui me saute au yeux est le dernier film de Kristen Stewart  » The Chronology of water » adapté d’un roman. Les images sont frontales, les bruits immersifs. « On croirait que le mixage a été mal dosé, que le son de la salle de cinéma est trop fort. Il n’en est rien. » Écrit Vogue Magazine.  

En définitive, ce choix de style n’est pas seulement une question d’esthétique, mais une manière de partager des émotions plus personnelles. De se réapproprier une partie de soi pour la donner aux autres.  En photographiant le brut, le réel, l’imparfait, je cherche à créer des images qui résonnent avec le spectateur, qui lui permettent de se sentir connecté à l’histoire et au moment capturé. Ce n’est pas un simple effet visuel : c’est une invitation à retrouver la beauté dans la vie telle qu’elle est, avec ses détails, ses imperfections et sa sincérité.

Et toi, n’hésite pas à me dire en commentaire à quel style de photographie es-tu le plus sensible. Je serai très intéressée de savoir. 

À la semaine prochaine,

XXX

Adèle 

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